Une vie après sa mort | ||||||||
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Dehors, une tempête sournoise, arrivée peu après le Nouvel An, vient de nous délaisser. Cinq jours de verglas qui auront marqués. Les plaies sont encore ouvertes. Nous savons déjà que les cicatrices resteront bien en évidence. Mais nous savons aussi que nous n'en saisissons pas encore l'étendue, que d'autres cicatrices doivent faire surface.
![]() Les images obscènes d'une télévision qui montre la moitié du Québec dans le noir ne parviennent pas toujours à la moitié fortunée. Les hopitaux, ayant la priorité absolue pour la fourniture d'électricité, consitituent, outre les services pour lesquels ils ont été conçus, un lieu d'accès à l'informations. Insolite. Bernadette vit cet évènement, elle a conscience qu'il a lieu. Mais elle ne s'en rend pas vraiment compte. Télévision, radio et journaux n'ont plus de sens. Elle ne vit que ce que le personnel de l'hôpital vit: la tâche de se trouver un logement de fortune pour qui sait combien de temps. Pendant cinq jours, elle n'a vu que la pluie. Alitée et ayant perdu le désir de marcher, Bernadette ne voit que le ciel comme un enfant de quatre ans qui voit des cumulus côté jardin, inconscient de ceux surchargés qui arrivent par l'arrière et qui contrarient une demie heure plus tard les plans de jeux. Par simple incapacité de se pencher et de voir plus large que la fenêtre...
Aujourd'hui, Bernadette est calme. Une habitude depuis qu'elle a accepté sa fin. Cela fait deux mois qu'elle a laissé préséance à ses cancers. La tempête à l'extérieur n'a aucune incidence; ici, c'est un autre monde. J'attends. Elle attend. Nous attendons. Mais sans le dire, sans vouloir le savoir, sans vouloir compter, sans vouloir mesurer. Nous sommes là, sans vraiment se parler, sans savoir comment se parler. Et pourtant, l'on sait. Au premier coup, je ne saisis pas. Au deuxième, c'est clair. J'hésite. Et puis non, je me tais. À la troisième occasion que maman prend son souffle de manière saccadée, mais pleine et determinée, je sais qu'elle veut rompre le silence. Je dois l'aider; je m'appuie pour l'écouter attentivement:
"Oui ? Tu veux dire quelques chose ? As-tu quelque chose à régler?" Dans ma tête cela peut être une chose importante. Ou anodine... Elle place sa main gauche derrière sa nuque. Elle se met confortable. Ses yeux fixent le vide en haut, vers sa droite. Après une hésitation pas trop longue, son menton pousse sa lèvre inférieure à se retourner sur elle-même.
"Oh..." coupe-t-elle en soupirant si peu, mais de manière si percutante, "il y en a tellement..." Puis, le silence... celui qui suit la tempête. La question est close. Si je pousse plus loin, ce serait de mauvais goût. Pour une peccadille, je saurai m'en charger. Si elle veut soulever des questions personelles, cela ne regarde qu'elle. Ainsi le silence prend le dessus, sans effort. [Macro error: Can’t call the script because the name “safeMacros” hasn’t been defined.]
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